
L'huître est un mollusque étonnant. Primitive dans sa physiologie, elle offre pourtant quelques unes des leçons les plus intéressantes du règne animal :
- Sollicitée par une agression extérieure, jus de citron par exemple, le corps de l'huître se rétracte dans un réflexe de protection.
- L'huître produit le nacre, un dépôt calcaire lisse, pour se protéger des corps étrangers qui s'insinuent dans sa coquille ; si un grain de sable se glisse dans sa coquille, l'huître produit ainsi une perle nacrée.
Nous, les hommes, partageons certains des réflexes des huîtres. Sous la douleur, physique ou morale, nous nous rétractons naturellement. Cet acte de repli est salutaire lorsque le danger et la douleur sont immédiats : blessures, brûlures, violences morales, agressions de l'esprit, peur, dangers spirituels, etc. Ce repli est bien souvent le garant de notre intégrité physique et parfois mentale ou spirituelle. Mais cet acte de réflexe ne peut pas constituer une solution à long terme aux soucis de l'existence.
Continuellement en repli, en position de défense, l'homme se rabougrit, se racornit et se dessèche ! Il devient le vieil homme ou la vieille femme aigrie et rabat-joie dont nous avions peur enfants. Pour échapper à cet aigrissement, l'homme doit développer sa capacité à intégrer les agressions extérieures dans une stratégie de défense à long terme. Cette stratégie ne réside plus alors dans une posture de repli défensif mais bien au contraire dans une attitude d'ouverture vers l'extérieur, d'épanouissement et de réponse positive aux stimuli négatifs.
Pour reprendre l'exemple de l'huître, cette stratégie au long cours est celle de la nacre : meurtrie par le grain de sable qui ronge sa chair, l'huître produit la nacre qui transforme son "épine dans la chair" en une magnifique perle. La capacité à produire un bon édifice quand nous avons l'impression de ne disposer que de mauvais matériaux est une qualité que nous devons rechercher.
Notre pieu voit sa multitude d'épreuves. Des évènements douloureux, oppressants, voire tragiques touche une à une les familles de notre pieu : maladies, décès, revers financiers, problèmes relationnels, découragement, échecs, fatigue, tentations, etc., toute la panoplie du jus de citron, des grains de sable, des armes anciennes et modernes de l'Adversaire s'est manifestée récemment dans nos vies. La tentation du repli sur soi-même et sur sa famille est grande. L'instinct de préservation nous invite à penser à notre bien-être en premier. La douleur nous fait parfois reculer et nous incite à tout, sauf à penser à notre prochain.
Mais le message de l'Evangile et la leçon de l'huître nous amène à réfléchir à deux fois avant de nous renfermer et de nous couper du monde : Dieu nous appelle à faire une perle de chaque grain de sable que les vents et les courants apportent dans nos coquilles ! Maintenir le cap, continuer le combat, garder la foi en période d'eaux troubles, voilà la véritable épreuve de notre fidélité ! Nous sommes appelés à être des transformateurs de mal en bien. Nous sommes appelés à servir notre prochain, à donner de notre temps, à lever les yeux pour voir la souffrance de quelqu'un d'autre, à "relever les mains qui tombent et à fortifier les genoux qui tremblent", à accomplir notre devoir, à être fidèle dans nos appels, à être présents à nos réunions, à persévérer jusqu'à la fin.
La vision du Fils de Dieu sur le chemin du Golgotha doit nous soutenir dans notre quête. Il a transformé en perles tous les grains de sable qui pénétraient sa coquille. aux injures des juges, Il a répondu avec calme et dignité. Aux crachats des soldats, Il a répondu par sa soumission. Aux moqueries de la foule de ses accusateurs, Il a rétorqué en priant pour leur pardon. En proie aux grandes souffrances qui étaient les siennes, Il n'a pas oublié la douleur des autres : la douleur des femmes en pleurs sur le chemin qu'Il a réconfortées ; la douleur de sa mère qu'Il a confiée à Jean ; la douleur des larrons à qui Il a fait des promesses. Prenons exemple sur l'Exemple suprême.
Que Dieu nous accorde cette persévérance et cette force de caractère qui feront que, "battu et mort plus qu'à moitié", nous ne serons pas insensible au coeur qui saigne sous nos yeux.
Matthieu Bennasar